Section 0 — Synthèse en cinq minutes

Cinq minutes pour comprendre ce que Tellux mesure, avec quelles données, et ce que la plateforme dit ou ne dit pas. Lecteur non spécialiste : agent municipal, association, journaliste, citoyen intéressé. La spécification complète du modèle de calcul est dans le Cadre scientifique ; la posture épistémique détaillée est dans les sections 1 à 8 ci-dessous.

Posture (résumé — détail §2)

Tellux refuse symétriquement l'alarmisme (toute exposition faible serait nocive) et la trivialisation (aucun intérêt scientifique en deçà des seuils thermiques). Sur les faibles expositions et les basses doses, il documente les tensions scientifiques ouvertes sans les arbitrer, et distingue systématiquement quatre niveaux d'inférence (mécanisme biologique, effet biologique, effet sanitaire, impact populationnel). Voir §2 pour le détail.

Les quatre domaines mesurés

Le modèle partitionne l'exposition en quatre domaines physiques distincts, chacun dans son unité propre, sans somme arithmétique entre régimes (grandeurs incommensurables au sens métrologique) :

Ordres de grandeur en Corse

Champ magnétique terrestre ≈ 46 microteslas. Expositions résidentielles RF typiques en zone urbaine corse (protocoles certifiés ANFR/EXEM) : quelques dizaines de µW/m², pics ponctuels dépassant rarement quelques mW/m² en proximité directe d'antennes multi-opérateurs — soit plusieurs ordres de grandeur en dessous des limites ICNIRP 2020 grand public (4 500 000 µW/m² en bande GSM). Débit de dose gamma terrestre : ordres de grandeur 20 à 200 nSv/h selon la lithologie — 20-50 nSv/h sur ophiolites et roches basiques, 50-100 nSv/h sur schistes et métamorphites alpins (Castagniccia), 75-150 nSv/h sur granitoïdes varisques majoritaires (médiane 124 nGy/h sur le batholite Corse-Sardaigne, Puccini et al. 2014, DOI 10.1007/s12665-013-2442-8) — à comparer au bruit de fond mondial de l'ordre de 60 nGy/h (UNSCEAR). Détail par faciès dans le Cadre scientifique § 4. Radon en sous-sol mal ventilé : plusieurs centaines de Bq/m³ dans les communes classées, contre ≈ 40 Bq/m³ en moyenne mondiale. Ces valeurs sont des estimations théoriques ou des mesures ponctuelles : elles ne se substituent pas à une mesure individuelle.

Trois statuts épistémiques

Chaque valeur affichée porte son statut : mesure (instrument certifié, ex. fiches ANFR/EXEM), modélisé (calcul depuis données institutionnelles, ex. IGRF-14, densité de puissance RF dérivée de CartoRadio), hypothèse (relation candidat-cible documentée mais non validée, signalée comme telle). Détail en §2.3 et page Transparence.

Ce que Tellux dit, ce qu'il ne dit pas (résumé — détail §5)

Tellux dit : voici les sources documentées, les estimations spatiales, leurs limites. Tellux ne dit pas : tel lieu est dangereux, tel autre est sain. Aucune qualification sanitaire ; pas de substitution à une évaluation médicale ni à une autorité compétente (ANFR pour les RF, ASNR pour le radon/ionisant, Santé Publique France pour l'épidémiologie). Le mode Expertise propose un indice composite adimensionnel explicitement labellisé comme convention (pondérations gelées en attente de relecture physicien), destiné à la comparaison relative entre zones, jamais à une qualification sanitaire.

Section 1 — Présentation du document

Ce document expose la position épistémique du projet Tellux Corse : ce que la plateforme mesure, ce qu'elle affirme, ce qu'elle n'affirme pas, et le vocabulaire qu'elle s'impose. Il complète le Cadre scientifique du projet, qui détaille l'architecture du modèle de calcul (régimes physiques, formules, pondérations, bornes de normalisation). Là où le Cadre scientifique précise comment les valeurs sont calculées, le présent document précise dans quel cadre épistémique elles sont restituées et communiquées.

La position défendue ici est intermédiaire entre deux postures qui encombrent la communication scientifique sur les expositions environnementales : l'alarmisme, qui affirme que toute exposition de faible niveau entraîne des effets sanitaires, et la trivialisation, qui dénie tout intérêt scientifique aux tensions ouvertes en deçà des seuils thermiques. Tellux refuse symétriquement ces deux postures, documente les tensions ouvertes sur les faibles expositions sans les arbitrer, et distingue systématiquement les niveaux d'inférence (mécanisme biologique, effet biologique, effet sanitaire, impact populationnel).

La rédaction du document est destinée à un lectorat institutionnel et expert : pouvoirs publics, associations spécialisées en environnement électromagnétique, scientifiques institutionnels, évaluateurs de dossiers, élus territoriaux, journalistes scientifiques. Le registre est descriptif, sourcé, et explicite quant aux limites de ce que la plateforme produit.

Section 2 — Les trois règles épistémiques

Trois règles gouvernent l'ensemble des productions de Tellux. Elles sont nommées et numérotées pour permettre un référencement transversal entre documents.

2.1 Règle 1 — Refus symétrique de l'alarmisme et de la trivialisation

Tellux refuse d'affirmer que toute exposition électromagnétique ou ionisante de faible niveau entraîne des effets sanitaires avérés. Il refuse également d'affirmer que ces expositions sont sans intérêt scientifique en deçà des seuils thermiques ou de doses élevées. Entre ces deux postures, le projet documente les tensions scientifiques ouvertes sans les résoudre prématurément.

Cette règle s'applique à toutes les dimensions du projet. Sur le volet radiofréquence, elle conduit à présenter la classification IARC 2B et l'avis SCHEER comme des positions cohabitantes, et non comme un débat refermé dans un sens ou dans l'autre. Sur le volet ionisant, elle conduit à exposer le modèle linéaire sans seuil (LNT) et les cadres alternatifs sur la réponse aux faibles doses comme des positions en tension, à documenter, non à arbitrer. Sur le volet basses fréquences (ELF 50 Hz), elle conduit à présenter les méta-analyses épidémiologiques et leurs odds ratios sans en tirer d'affirmation univoque.

2.2 Règle 2 — Faibles expositions et basses doses : documenter, ne pas arbitrer

Sur les expositions de faible niveau et les basses doses, Tellux présente les positions scientifiques en présence sans en arbitrer aucune. Là où la littérature reste en débat — pertinence biologique des effets sous les seuils réglementaires, forme de la relation dose-effet à bas niveau, significativité épidémiologique des faibles odds ratios —, le projet expose les cadres concurrents, leurs implications, et le degré d'incertitude associé, plutôt qu'une conclusion.

Concrètement, cette règle se traduit par une exigence de restitution : toute valeur affichée porte son statut épistémique (mesure, modélisé, hypothèse) ; toute tension scientifique mobilisée est présentée comme telle, avec ses sources, et non transformée en affirmation. Cette posture vaut aussi bien dans les pages publiques que dans les documents institutionnels du projet.

2.3 Règle 3 — Distinction systématique entre niveaux d'inférence

Chaque affirmation produite par Tellux distingue explicitement quatre niveaux :

Cette gradation évite les glissements entre niveaux qui fragilisent la communication scientifique sur les champs électromagnétiques. Un mécanisme plausible n'est pas un effet biologique. Un effet biologique mesuré en laboratoire n'est pas un effet sanitaire. Un effet sanitaire individuel n'est pas un impact populationnel. La règle s'applique aussi bien dans les pages publiques de la plateforme que dans les documents institutionnels.

Section 3 — Trois formulations explicitement écartées

Trois formulations fréquentes dans la communication populaire sur les champs électromagnétiques sont absentes des productions Tellux. Cette section explicite la raison physique et épistémique pour laquelle elles sont écartées.

3.1 « Deux réalités physiques distinctes » — pourquoi le mot « naturel » est un piège

Les premières versions des documents Tellux utilisaient l'opposition « perturbation humaine / activité naturelle » comme si ces deux réalités étaient de nature physique différente. Cette opposition est inexacte. Le champ magnétique généré par une ligne haute tension et celui généré par une faille tectonique active sont de même nature physique. Un magnétomètre ne fait pas la différence. Les équations de Maxwell ne distinguent pas les origines de la source ; elles décrivent un seul tenseur de champ qui intègre toutes les contributions en chaque point de l'espace-temps.

Le mot « naturel » est particulièrement problématique parce qu'il suggère que le champ d'origine géologique est bénin, et que seul le champ d'origine humaine pose question. Or l'effet sur un organisme dépend de l'intensité, de la fréquence et de la durée d'exposition — non de l'origine de la source.

Formulation retenue par le projet : Tellux distingue les sources (géologiques, industrielles, domestiques, atmosphériques) pour les identifier et les quantifier séparément. Mais le champ résultant en un point est un seul phénomène physique. Les indices « activité géologique » et « perturbation réseau » qui apparaissent dans l'interface sont opérationnels (identifier qui contribue quoi), non ontologiques (deux mondes séparés).

3.2 « Les mesures ne s'additionnent pas » — pourquoi les champs s'additionnent vectoriellement

Les documents antérieurs contenaient parfois la phrase « les deux ne s'additionnent pas ». Cette formulation est inexacte au regard du principe de superposition, qui est constitutif de l'électromagnétisme linéaire.

En un point donné, le champ magnétique total est la somme vectorielle de toutes les contributions :

B_total = B_terrestre + B_crustal + B_piezo + B_HTA + B_antennes + B_domestique

C'est une loi fondamentale. Les champs s'additionnent point par point, vecteur par vecteur. Ils ne vivent pas dans des espaces séparés. Un capteur qui mesure 47 µT à un endroit donné mesure la résultante de toutes les contributions présentes ; il n'est pas possible d'attribuer les 46 µT au champ terrestre et le 1 µT à la ligne haute tension par simple lecture, sans modélisation. Physiquement, c'est un seul champ.

Le modèle Tellux calcule plusieurs indices distincts pour des raisons de lisibilité (composantes du régime magnétique, du régime radiofréquence, du régime ionisant). Ces indices ne sont pas des mesures physiques directes au sens d'une lecture instrumentale unique : ce sont des grandeurs reconstruites par modélisation, séparées pour permettre à l'utilisateur de comprendre d'où vient la contribution dominante. Ces indices ne se somment pas arithmétiquement entre eux dans la vue par défaut, parce que leurs unités physiques diffèrent (nT, µW/m², nSv/h). C'est cette dissociation que le projet a voulu nommer initialement par « les deux ne s'additionnent pas » — formulation inadéquate qui confondait la non-sommation entre régimes physiques hétérogènes (vraie, et conventionnelle) et l'indépendance des contributions sous-jacentes (fausse). Pour un indice composite scalaire, le mode Expertise du modèle propose une combinaison adimensionnelle pondérée explicitement labellisée comme convention, dont les pondérations et bornes sont documentées dans le Cadre scientifique, section 6.

Formulation retenue par le projet : les champs physiques sous-jacents s'additionnent vectoriellement au sein d'un même régime fréquentiel. La combinaison entre régimes (statique, ELF, RF, ionisant) relève de conventions métrologiques explicites, et non d'une incommensurabilité physique. Les indices Tellux peuvent être combinés en un indice composite si une pondération est définie ; c'est précisément ce que fait le mode Expertise.

3.3 « Naturel = inoffensif » — pourquoi l'origine ne qualifie pas la nocivité

L'équation entre origine naturelle et innocuité est un raccourci non fondé. Le radon, gaz d'origine purement géologique, est un cancérogène pulmonaire reconnu par l'IARC en classe 1 au-dessus de certains seuils d'exposition chronique. Le rayonnement gamma terrestre peut atteindre des niveaux significativement supérieurs au fond mondial dans les zones granitiques, dont la Corse. À l'inverse, certains champs anthropiques de très faible puissance sont biologiquement négligeables.

La qualification sanitaire d'une exposition dépend de son intensité, de sa durée, de sa fréquence et du contexte biologique récepteur — non de son origine naturelle ou anthropique. Tellux écarte donc, dans toutes ses productions, l'idée selon laquelle la qualification physique d'un site (géologique, industriel, domestique) emporterait par elle-même une qualification sanitaire.

Section 4 — Ce que Tellux mesure

Tellux estime le champ électromagnétique total en un point géographique donné. Ce champ est la superposition vectorielle de toutes les contributions présentes en ce point, quelle qu'en soit l'origine : champ magnétique terrestre (IGRF-14, ≈ 46 µT en Corse), anomalies crustales locales (EMAG2v3, NOAA), effet piézoélectrique éventuel du substrat sous contrainte tectonique, champ magnétique des lignes haute et basse tension (estimation Biot-Savart), champ électromagnétique des antennes-relais (base ANFR Cartoradio), sources domestiques et industrielles à proximité.

Toutes ces contributions obéissent aux mêmes équations de Maxwell et sont détectables par les mêmes instruments. Un capteur placé en un point ne distingue pas l'origine du champ qu'il mesure : il mesure la résultante. Le but de Tellux est de rendre lisible l'articulation entre ces contributions à l'échelle territoriale, non de les séparer en deux mondes étanches. La séparation en couches dans l'interface est un outil d'analyse, non une affirmation ontologique. Le détail des régimes physiques et des formules est exposé dans le Cadre scientifique §3.

Magnétoréception humaine — portée et limite

La plage d'intensité dans laquelle Tellux modélise les variations magnétiques (≈ 25 à 65 µT pour la composante terrestre, plus quelques centaines de nanoteslas d'anomalie locale) est celle pour laquelle une réponse corticale humaine non consciente à des rotations contrôlées du champ a été documentée en EEG, en environnement blindé (Wang, Kirschvink et al. 2019, eNeuro). Cette détection s'inscrit dans une littérature de magnétoréception animale bien établie.

Pour Tellux, l'enjeu est circonscrit : la question n'est pas de savoir si l'organisme humain détecte le champ magnétique terrestre — cette détection est documentée — mais celle de l'effet fonctionnel de cette détection, et de l'intensité à partir de laquelle elle deviendrait pertinente pour la santé, qui reste ouverte. Ces résultats électrophysiologiques ne constituent ni une validation ni une invalidation de l'électrosensibilité symptomatique déclarée, qui relève d'une littérature clinique distincte (Rubin 2005, 2010), traitée en §8.

Section 5 — Ce que Tellux n'est pas

Tellux n'est pas un diagnostic médical. La plateforme ne fait aucune promesse de santé, ne prescrit aucun comportement, ne qualifie aucun lieu de « dangereux » ou de « sain ». Elle restitue des données et des estimations avec leurs incertitudes. L'interprétation clinique des expositions relève des autorités compétentes (ANFR pour les expositions radiofréquences, ASNR pour les expositions ionisantes, Santé Publique France pour la surveillance épidémiologique).

Tellux n'est pas un instrument de mesure. C'est un modèle spatial qui croise des données institutionnelles (ANFR, BRGM, NOAA, IGRF-14, ASNR) et des mesures de terrain contributives. Le modèle a des marges d'erreur documentées, variables selon les sources et les régimes physiques considérés. C'est un outil de comparaison relative entre zones, et non une mesure absolue de niveau d'exposition.

Tellux n'est pas un produit commercial. Pas de publicité, pas de revente de données, pas de solutions de protection à vendre. Le code est sous licence MIT.

Tellux n'est pas une plateforme militante. La plateforme ne prend pas position pour ou contre les antennes, les lignes haute tension, ou le déploiement de la 5G. Elle rend visible ce qui est mesurable et documenté. Les acteurs qui l'utilisent peuvent en tirer leurs propres conclusions, dans leur propre cadre d'analyse.

Tellux n'est pas terminé. La base de mesures de terrain est limitée à ce stade. La méthode est extensible à d'autres objets territoriaux ; ces extensions relèvent de phases ultérieures non encore validées sur le terrain corse. La plateforme est en phase de validation, non de démonstration ; cette limite est explicite dans la documentation et dans le bandeau méthodologique du corpus public.

Section 6 — Ce que Tellux est

Un outil de transparence spatiale. Tellux rend visible, sur une carte unique, des données qui existent dans des bases séparées (ANFR, BRGM, NOAA, EDF SEI, ASNR) et qui n'avaient pas été croisées à l'échelle de la Corse à cette résolution. La superposition de ces couches sur un même écran produit une information nouvelle qu'aucune base isolée ne contenait.

Un pont entre les échelles. Le champ électromagnétique en un point est la résultante de phénomènes opérant à toutes les échelles : planétaire (champ terrestre IGRF-14), régionale (géologie crustale, EMAG2v3), locale (failles, substrats, susceptibilité lithologique), humaine (antennes, lignes, appareils domestiques). Tellux est l'outil qui relie ces échelles et permet de visualiser leur contribution respective en un lieu donné.

Un cadre pour la science participative. Le formulaire de contribution, le protocole en aveugle parallèle et la hiérarchie de confiance des contributions (niveau 1 : protocole aveugle parallèle ; niveau 2 : automatique avec capture native ou CSV traçable du capteur smartphone ; niveau 3 : déclaratif) constituent un cadre méthodologique pour que les mesures contribuées soient exploitables, et non un simple compteur de signalements.

Un catalyseur de questions. Au-delà de la cartographie, le projet comporte un volet de formulation d'hypothèses (non public à ce stade) : des questions structurées, rattachées à des études existantes, avec un type de test explicite et un niveau de crédibilité documenté. La plateforme est conçue pour poser des questions sourcées, non pour y répondre prématurément.

Section 7 — Vocabulaire du projet

Cette section explicite les termes que Tellux s'interdit d'employer dans ses interfaces, ses communications et ses documents, et propose les remplacements retenus. Le tableau distingue les termes proscrits, le motif de leur exclusion, et la formulation autorisée.

7.1 Mots et expressions écartés

Terme écarté Motif de l'exclusion Formulation retenue
« sanctuaire EHS » Valide implicitement un diagnostic médical non établi « espace de récupération »
« cage Faraday personnelle » Vocabulaire anxiogène, connotation survivaliste « espace blindé naturellement (ITU-R P.2040-2) »
« safe place » Anglicisme thérapeutique déplacé dans un outil de mesure « chambre optimisée pour le sommeil »
« espace safe EM » Hybride des deux précédents « zone à exposition réduite »
« dangereux » (qualifiant un site) Diagnostic de risque sans base médicale « exposition mesurée élevée »
« sain » (qualifiant un site) Même problème symétrique « exposition mesurée faible »

7.2 Formulations autorisées par contexte

Pour les espaces de sommeil, les formulations retenues sont « chambre optimisée pour le sommeil », « hygiène du sommeil numérique », « espace de récupération ».

Pour les espaces atténués, les formulations retenues sont « zone à exposition réduite », « zone d'atténuation passive », « architecture vernaculaire à atténuation naturelle (référence ITU-R P.2040-2 sur les pertes de propagation à travers les matériaux de construction) ».

Pour les recommandations comportementales, les formulations retenues sont « réduire l'exposition de proximité », « augmenter la distance à la source », « privilégier les périodes de moindre activité réseau ».

7.3 Règle générale

Tellux décrit des niveaux de champ mesurables ou modélisés, avec leurs incertitudes. La plateforme ne prescrit pas de comportements de santé, ne pose pas de diagnostics, et ne valide pas de profils de vulnérabilité individuelle. Toute production se situe dans le registre de l'hygiène environnementale de précaution — non de la médecine, non de l'anxiologie.

Section 8 — Trois pièges rhétoriques à éviter

Trois raccourcis circulent fréquemment dans le débat public sur les champs électromagnétiques. Ils sont signalés ici parce qu'ils confondent des cadres expérimentaux différents et fragilisent la communication scientifique sur le sujet. Tellux ne les utilise pas, dans aucun sens.

8.1 « Rubin 2005 réfute la sensibilité électromagnétique »

Cette lecture est inexacte. Rubin et al. 2005 (Psychosomatic Medicine 67:224-232) et Rubin et al. 2010 (Bioelectromagnetics 31:1-11), revue systématique cumulant 46 études et 1 175 sujets, établissent que les symptômes attribués aux champs électromagnétiques de faible intensité ne sont pas prédits par l'exposition mesurée dans des protocoles de provocation en double aveugle. Les facteurs prédictifs sont psychobiologiques, dont l'effet nocebo. Cette conclusion n'invalide pas la sensibilité biologique au champ magnétique terrestre démontrée par Wang et al. 2019 (mécanisme différent, gamme d'intensité différente, mesure différente : EEG en cage blindée et non symptomatologie déclarée). Les deux résultats coexistent sans contradiction. Le projet présente l'un et l'autre dans leur cadre expérimental respectif.

8.2 « L'électrosensibilité n'existe pas »

Cette formulation est incorrecte. Ce que la littérature clinique de référence (revues Rubin, expertise OMS, classifications IARC) établit est que les symptômes rapportés par les personnes se déclarant électrosensibles ne sont pas prédits par l'exposition mesurée dans des protocoles en aveugle. L'existence des symptômes n'est pas niée ; c'est leur attribution causale à l'exposition électromagnétique qui est questionnée. Tellux ne qualifie aucune personne en termes d'électrosensibilité, ne propose aucun diagnostic, et ne formule aucun avis sur les protocoles cliniques de prise en charge.

8.3 « La magnétite biogénique prouve les risques des antennes »

Ce raccourci confond deux régimes physiques distincts. La magnétoréception documentée chez l'humain (Wang et al. 2019) concerne le champ magnétique terrestre statique, dans une plage d'intensité de l'ordre de 25 à 65 microteslas. Les antennes radiofréquences (de quelques centaines de mégahertz à quelques dizaines de gigahertz) opèrent dans un régime physique différent (ondes électromagnétiques propagatives, non champ magnétostatique), à des intensités telles que la composante magnétique du champ rayonné est plusieurs ordres de grandeur inférieure au champ magnétique terrestre. Les mécanismes biologiques identifiés sur le régime statique ne sont pas directement transposables au régime radiofréquence ; toute inférence dans ce sens demande des preuves expérimentales propres au régime considéré. Tellux signale l'existence de la magnétoréception comme phénomène documenté sur le régime statique, et présente les questions ouvertes sur le régime radiofréquence dans le cadre des positions cohabitantes IARC 2B / SCHEER 2023.